Une crise de ce que signifie être une femme

Les femmes souffrent. Partout dans le monde, elles traversent une crise profonde – bien plus grave que les titres sur l’inégalité ou les statistiques sur la violence. C’est une crise enracinée dans la manière dont les sociétés modernes perçoivent les femmes et, plus fondamentalement encore, dans leur incapacité à les reconnaître comme des êtres humains à part entière. Il ne s’agit pas d’un phénomène spontané, mais du résultat de structures sociales, de systèmes économiques et de normes culturelles façonnés au fil des siècles.

L’Ayatollah Khamenei a décrit cette situation de manière saisissante : « La “crise des femmes” peut sembler une expression étrange. Aujourd’hui, la crise environnementale, la crise de l’eau, la crise énergétique et le réchauffement climatique sont considérés comme les grands défis de l’humanité. Pourtant, aucun de ces éléments n’est au cœur des véritables problèmes de l’humanité. La plupart des problèmes fondamentaux de l’humanité concernent la spiritualité, l’éthique et le comportement social des êtres humains les uns envers les autres – y compris la relation entre hommes et femmes, la place des femmes dans la société et les questions féminines. Voilà ce qui est un vrai problème. »

Cette perspective change entièrement le cadre d’analyse : au lieu de considérer les difficultés rencontrées par les femmes comme des questions secondaires, elle les place au cœur des manquements moraux de l’humanité.

 

La crise de déshumanisation

Des décennies de recherches mettent en évidence un schéma récurrent : les femmes sont souvent réduites à des objets. Jean Kilbourne a résumé ce phénomène par l’expression « killing us softly » [nous tuer lentement], pour décrire comment des représentations répétées de femmes en tant que marchandises érodent peu à peu leur humanité. Le résultat cumulé en est une déshumanisation structurelle. Lorsque les femmes sont constamment perçues comme des corps plutôt que comme des personnes à part entière, la société perd sa capacité à reconnaître leur dignité et leur agentivité.

Même les révélations récentes concernant des réseaux d’exploitation de haut niveau – tels que les « Epstein files » – montrent comment un système matérialiste, dominé par le pouvoir, permet la maltraitance des femmes. Ces affaires prouvent que l’objectification n’est pas un concept abstrait. Ensemble, elles mènent à une conclusion : la crise que vivent les femmes aujourd’hui est une crise de déshumanisation. Ce n’est pas seulement l’échec d’une politique ou d’une gouvernance ; c’est la conséquence d’une vision du monde façonnée par le matérialisme, qui dissocie la valeur humaine de la spiritualité, de l’éthique et de la dignité intrinsèque. Dans un tel système, les femmes sont les premières à souffrir. Et parce qu’elles constituent le centre moral des familles et des communautés, leur souffrance reflète une crise humaine plus vaste.

 

La personnalité de Dame Fatimah : la clé pour surmonter la crise

Il y a quatorze siècles, une obscurité morale similaire – appelée jāhiliyyah [Ignorance] – s’était abattue sur le monde. Elle se caractérisait notamment par des pressions exercées sur les femmes, des attentes déformées et des traitements qui leur déniaient leur humanité. C’est dans ce contexte qu’est apparue une figure transformatrice : Dame Fatimah Zahra (paix sur elle). Sa vie incarnait dignité, compassion, force et clarté spirituelle. Aujourd’hui, face à une « Ignorance moderne », l’exemple de Fatima constitue une alternative lumineuse.

Fatimah Zahra (paix sur elle) est née dans une société que le Coran décrit comme « al-jāhiliyyah al-ūlā » [la haute ignorance]. Cette mentalité civilisationnelle était marquée par l’effondrement moral, notamment par le mépris total de la dignité des femmes. Celles-ci étaient soumises à des pressions sociales pour pratiquer le tabarrudj (exhibition d’ornements et extravagance corporelle), les réduisant à des symboles de statut ou de possession. Certaines jeunes filles étaient tragiquement enterrées vivantes parce que leur naissance était perçue comme une honte. Fatimah naquit à La Mecque, de Muhammad (SAWA) et de Khadijah. Sa naissance même suscita des reproches envers le Prophète pour avoir eu une fille.

Durant les années mecquoises, elle affronta de grandes épreuves – la perte de sa mère, l’hostilité envers son père – et développa une maturité émotionnelle exceptionnelle. Elle émigra à Médine avec sa famille, y épousa Ali ibn Abi Talib (paix sur lui), et bien qu’elle n’ait vécu qu’entre 18 ou 25 ans selon les récits, elle laissa un héritage qui inspire encore des millions de personnes.

 

L’humanisation de la femme en islam

Le monde d’aujourd’hui, malgré sa technologie, reproduit de nombreux traits de cette confusion morale ancienne : les femmes y sont souvent valorisées pour leur visibilité plutôt que pour leur humanité. Les systèmes sociaux et économiques tirent profit de l’insécurité et de l’objectification. Beaucoup de femmes se sentent invisibles, épuisées, surchargées. Ce sont les symptômes de la jāhiliyyah moderne, dans laquelle les sociétés perdent leur sens de la dignité humaine – particulièrement celle des femmes.

Comprendre la première jāhiliyyah – et reconnaître ses échos aujourd’hui – permet de mesurer l’ampleur de la transformation opérée par l’islam. Cette transformation apparaît clairement dans la vision renouvelée de la féminité apportée par l’islam, dont Fatimah Zahra (paix sur elle) devint l’expression la plus claire.

Si l’objectification des femmes constitue aujourd’hui l’un des fléaux les plus destructeurs, c’est parce que les femmes occupent, selon l’Ayatollah Khamenei, « le rôle le plus délicat, le plus durable, le plus influent et le plus sensible dans le mouvement de l’humanité vers la perfection. »

Ce n’est pas seulement une affirmation sociale, mais une observation profonde sur le développement humain : lorsque la dignité d’une femme est bafouée, le dommage se diffuse aux familles, aux communautés, puis à l’ensemble de la société. Diminuer l’humanité des femmes revient à blesser le processus même par lequel les êtres humains s’élèvent moralement et spirituellement.

Dans ce contexte, l’une des contributions les plus transformatrices de l’islam fut de restaurer l’humanité des femmes. L’islam les a présentées non comme des accessoires d’un ordre social ou des marchandises d’un système économique, mais comme des agents moraux à part entière, dotés des mêmes responsabilités et capacités spirituelles que les hommes.

Le Coran exprime cette égalité dans le verset 35 de la sourate al-Ahzab : « En vérité, les hommes musulmans et les femmes musulmanes, les hommes croyants et les femmes croyantes… Allah a préparé pour chacun d’eux un pardon et une immense récompense. » Chaque qualité y est mentionnée deux fois, une fois pour les hommes et une fois pour les femmes, affirmant que le chemin vers la pleine humanité est identique pour les deux.

 

Le plus haut exemple du potentiel humain

Si l’islam a restauré l’humanité des femmes, il a également offert au monde un exemple inégalé de femme pleinement réalisée : Fatimah Zahra (pais sur elle).

L’Ayatollah Khamenei la décrit en ces termes remarquables : « L’islam présente Fatimah – cet être éminent, exceptionnel, céleste – comme le modèle de la féminité. Sa vie extérieure, sa lutte, son engagement, son savoir, son éloquence, son sacrifice, son rôle d’épouse et de mère, sa migration, sa présence dans toutes les scènes politiques, militaires et révolutionnaires, et son excellence globale qui poussait même les grands hommes à s’humilier devant elle – tout cela, ainsi que son rang spirituel, ses prosternations, son culte d’adoration, ses invocations, sa Sahifah, la pureté de son cœur, la lumière de son essence spirituelle – en résumé, son égalité en poids et en stature avec le Commandeur des croyants et avec le Prophète – voilà ce qu’est une femme. Voilà le modèle de la féminité que l’islam veut construire. »

Fatimah (pais sur elle) est présentée comme l’apogée de la possibilité humaine. Son exemple montre que la vraie valeur se trouve dans l’élévation spirituelle, la force éthique et la lumière intérieure.

 

Fatimah : l’exemple des femmes qui bâtissent l’humanité

Dans la pensée islamique, l’importance des femmes dépasse largement la participation sociale ou la contribution économique. Leur rôle le plus profond est ce que l’Imam Khomeiny appelait « la formation de l’homme ». Il l’exprimait ainsi : « La mission des femmes est de former les êtres humains. Si les femmes qui forment l’homme disparaissent, les nations sombreront. Ce sont les femmes qui renforcent les nations et qui leur donnent du courage. »

Fatimah Zahra (paix sur elle) incarna pleinement ce rôle. Elle éleva quatre enfants devenus des sommets du courage spirituel : Hassan (paix sur lui), Hussein (paix sur lui), Zaynab (paix sur elle) et Umm Kulthum (paix sur elle).

Sa mission comprenait l’éducation de filles au sommet de la spiritualité, l’élévation de l’époux dans une relation de partenariat, et la culture en elle-même des vertus qui définissent l’être humain accompli. Elle demeure le modèle des femmes aspirant à l’intégrité, à la finalité, et à l’épanouissement humain.

Selon les mots de l’Ayatollah Khamenei : « En tant que femme et avec ses traits féminins, elle excellait dans la gestion de son foyer, en tant qu’épouse, et dans l’éducation de ses enfants. Elle donna naissance à une femme comme Zeynab (paix sur elle) et l’éleva. Elle nourrit des personnes comme l’Imam Hussein (paix sur lui) et l’Imam Hassan (paix sur lui) dans son giron. Elle fut présente dans des épisodes inoubliables de l’histoire : à Shi‘b Abi Talib, dans la migration à Médine, dans certaines batailles du Prophète, dans l’événement de Mubahalah. La liste est interminable. »

 

Le chemin intérieur de la formation de l’homme : les paroles de Fatimah

La grandeur de Fatimah ne résidait pas seulement dans ses actions, mais aussi dans la profondeur spirituelle de son être intérieur. Elle exprima ses valeurs dans cette célèbre parole : « Trois choses de votre monde m’ont été rendues chères : la récitation du Coran, contempler le visage du Messager de Dieu, et sacrifier dans la voie de Dieu. »

L’Imam Hassan (paix sur lui) rapporte qu’un vendredi soir, sa mère resta en prière jusqu’à l’aube, invoquant continuellement pour les croyants, pour le peuple et pour les affaires de la communauté. À l’aube, il lui demanda :

- « Mère, pourquoi n’as-tu pas prié pour toi-même ? »

Elle répondit : « Mon fils, d’abord le voisin, puis la maison. »

Cette excellence spirituelle se traduisit également par des actes extraordinaires de charité. L’un des épisodes les plus vivants eut lieu le soir de son mariage : Le Prophète (SAWA) lui avait donné un vêtement neuf. Lorsqu’une femme nécessiteuse l’aborda, Fatimah (paix sur elle) se rappela le verset : « Vous n’atteindrez la bonté véritable qu’en donnant de ce que vous aimez. » Et elle offrit son vêtement neuf.

L’Ayatollah Khamenei commente : « Elle était un être céleste dans tous les aspects de sa vie : dans son adoration, dans son humilité avant Dieu, et dans son altruisme envers les autres. La nuit de son mariage, elle donna sa robe à une mendiante ; elle resta trois jours sans nourriture et donna son repas de rupture du jeûne aux nécessiteux ; elle se consacra aux besoins du peuple. »

 

Fatimah comme réponse à la crise de la féminité

Comme mentionné au début, le monde contemporain affronte une crise profonde de la féminité – marquée par l’objectification et la déshumanisation des femmes. Cette crise est le produit de siècles d’évolution culturelle, en particulier en Occident, où la civilisation s’est construite sur une idée de supériorité et une valorisation du matérialisme.

Le résultat est le monde actuel : un monde où les femmes sont plus valorisées pour leur visibilité que pour leur humanité. Elles affrontent des niveaux sans précédent de pression psychologique, d’isolement, de marchandisation.

Dans ce contexte, la vie de Fatimah Zahra (paix sur elle) offre une alternative lumineuse. Elle représente un paradigme civilisationnel fondé sur la dignité, la clarté morale, la finalité spirituelle, l’enracinement familial et la communauté harmonieuse.

Son humanité était complète et rayonnante. Sa féminité était une source de puissance, non de vulnérabilité. Sa présence dans la famille et dans la société était transformatrice. Elle ouvre un horizon où la féminité est source d’élévation humaine.

Fatimah Zahra (paix sur elle) n’est pas seulement une figure historique. Elle est la réponse – morale, spirituelle et civilisationnelle – à la crise de la féminité de notre temps.

(Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Khamenei.ir.)